Jeudi 23 décembre 2010 4 23 /12 /Déc /2010 10:03

Divine Party

Montage de fragments de la Divine Comédie de Dante et de textes de Kafka, musique et mise en scène d’Alexis Forestier

Théâtre de l’Echangeur (Bagnolet), du 4 au 20 décembre 2010

 

Que tant de douleurs et de doutes traversés, via Dante et Kafka, aboutissent à la composition d’une pareille odyssée, qu’une telle capacité d’invention rappelle par enchantement ce que peuvent être le théâtre et son dialogue avec les autres arts, c’est ce dont il faut remercier Divine Party, le nouveau spectacle d’Alexis Forestier et de sa compagnie Les Endimanchés. Le titre annonce le programme, audacieux : à la fois montage de textes, provenant essentiellement de la Divine comédie mais aussi d’écrits de Kafka, et concert de rock. Pour réaliser un projet de cette envergure, Alexis Forestier et Cécile Saint-Paul ont procédé par étapes depuis plus de cinq ans, agrégeant progressivement le Purgatoire et le Paradis à l’Enfer initialement exploré, densifiant les échos entre Kafka et Dante, élaborant enfin la dernière phase de leur création à la Fonderie de François Tanguy et du Théâtre du Radeau.

 

 

divine-party1.JPG

 

 

On ne saurait s’étonner de ce compagnonnage. Plongée dans la pénombre, la scène, que structure le ballet des appareils électroniques et des instruments de musique montés sur roulettes, devient quatre heures durant le lieu d’incessants surgissements et de fulgurances lumineuses. Ces transformations de l’espace sont réalisées à vue mais n’en conservent pas moins leur pouvoir d’hypnose. Quelques unes des créatures imaginées par Dante se réinventent ici, au gré des fragments retenus, dans une économie de moyen et un art de l’ellipse qui déplacent loin l’habituelle question de la représentation au théâtre. Quatre personnes au plateau suffisent pour évoquer le grouillement des mondes infernaux. C’est que Divine Party est avant tout une épopée sonore. Elle croise d’abord dans leur langue originale les extraits du Dante et du Pragois, l’italien et l’allemand ajoutant leur musicalité à celle d’autres voix enregistrées. Mais le spectacle est surtout immersion dans l’univers musical d’Alexis Forestier. Ses compositions, portées par les deux principaux interprètes et leurs comparses musiciens, Julien Boudart et Antonin Rayon, se fondent sur un jeu de relance et de refonte perpétuelles d’un matériau sonore d’une grande richesse, qui ouvre de nouvelles résonances aux textes. Le théâtre ici semble renaître toujours à ses marges, Forestier privilégiant l’architecture impeccable de l’intangible – espace, musique, bruitages, lumières, voix – plaçant personnages et corps en retrait.

 

Pour autant les textes, proférés ou chantés, sont pleinement entendus, un surtitrage intelligemment conçu mettant en regard les citations des deux auteurs et révélant la justesse du montage proposé. Le motif de la « forêt obscure » sert de fil directeur à cette réflexion polyphonique sur le cheminement de l’homme, où le labyrinthe kafkaïen répond à l’ascension de Dante vers le paradis. Dans tous les cas, la structure circulaire domine ce spectacle constitué de trois volets autonomes (Enfer, Purgatoire et Paradis), circularité qui régit aussi les déplacements des protagonistes sur le plateau et pondère l’apaisement trouvé dans la troisième partie : là, tout n’est qu’harmonie, calme et… ironie ? L’impression dominante est celle d’une geste musicale et poétique dont l’ampleur et l’originalité sont à la mesure des œuvres présentées. Si l’on retrouve dans Divine Party les principes qui caractérisaient les précédentes créations d’Alexis Forestier (présence des images surréalistes, rassemblement sur la scène d’éléments hétérogènes unifiés par la musique, mise en mouvement continu de l’espace scénique, travail sur les fragments et sur l’exploitation sonore des textes), ils acquièrent ici une cohérence et une justesse qui donnent toute sa force à son questionnement du théâtre et de nos existences : « Du tréfonds de la lassitude » – dit Kafka – « nous montons avec des forces neuves / sombres messieurs qui attendent / que les enfants soient exténués. » Contre la lassitude ambiante s’arc-boutent à la fois l’extraordinaire dépense de ce spectacle, et l’humour que lui conserve une salutaire distance vis-à-vis de son propre objet.

 

Marion Alev

 

 

Divine Party

Montage de fragments de la Divine Comédie de Dante et de textes de Kafka, musique et mise en scène d’Alexis Forestier

Du 4 au 20 décembre 2010

Théâtre de l’Echangeur, 59 avenue du Général de Gaulle, 93170 Bagnolet

Renseignements : 01 43 62 71 20

 

 

Par Au poulailler - Publié dans : Critiques saison 2010-11
Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

C'est quoi ce poulailler ?

Le site le plus fraîchement pondu sur le théâtre !

Recherche

Qui sont ces poules ?

Kritikator,  le Direktør

 Les plumitifs : David Larre & Myrto Reiss

Marion Alev & Alice Carré

 

contact : aupoulailler@gmail.com

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés