Critique : Le 6eme Jour (François Cervantes et Catherine Germain)

Le 6eme Jour

Écriture (d’après la Genèse), scénographie et mise en scène François Cervantes et Catherine Germain

Théâtre de la Cité Internationale, du 10 au 22 avril 2012

 

Le travail de clown et de masque proposé par Catherine Germain sur les scènes depuis plus de vingt ans est unique, et la reprise du 6eme Jour, conférence poético-burlesque construite à partir de la lecture patiente de la Genèse confirme la puissance de son art, entre parfaite maîtrise et inspiration poétique, servi dès l’origine par le regard, les mots et la mise en scène de François Cervantes. Soit le clown Arletti semuant en conférencier cacochyme, marchant au bord de l’effondrement, découvrant la difficulté d’être exposé à la lumière, et se raccrochant obsessionnellement aux signes de la normalité : un public, une table, des objets utiles, chacun cherchant sa place, des feuilles, des mots, et tout un univers qui sort à peine du tohu-bohu originel pour y retourner avant l’arrivée, trop tardive dans l’histoire naturelle, de l’espèce humaine.

 

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A partir de gestes codifiés qui font entrer lentement le spectateur dans la mécanique du clown, Catherine Germain, peu à peu, déstabilise l’horizon d’attente, et livre son Arletti à toute une cohorte d’esprits, transformant sa prestation en une séance étrange d’animisme théâtral : le fonctionnaire maniaque du tampon, l’enfant posant son premier regard sur le monde, le vieillard secoué de tics, l’autiste, le sorcier africain, la baleine cohabitent et s’expriment alternativement dans un même corps, créant des micro-événements inattendus qui viennent parasiter la poursuite de plus en plus laborieuse et catastrophique de la conférence. La remarquable précision du geste alliée au débordement physique et poétique frappent comme un savant mélange des contraires, contrainte et impulsion, calcul et improvisation, esprit de sérieux et esprit d’enfance, l’un et l’autre se contaminant progressivement, faisant évoluer les registres vers des tonalités comiques ou fantastiques inattendues.

 

Dans cette conférence, qui énonce la création du monde par le verbe, les mots arrivent très tard, et n’apparaissent que comme le commentaire naïf et espiègle du texte de la Genèse, résumé, simplifié, transformé en une vaste homologation divine des créatures. A la veille du 6eme Jour, les feuilles de la conférence s’avérant trempées, brûlées ou réduites en confettis, la parole biblique s’évanouit, et la perspective de la création de l’homme donne lieu à une improvisation délirante sur les animaux, leur énumération infinie qui menace de ne pas faire rentrer tout le monde dans l’arche du langage, l’homme se retrouvant lui-même ni créé ni constaté alors même qu’il répète l’œuvre du créateur. Le clown Arletti dépasse alors ses bornes, s’assied sur les spectateurs, les arrose, explose en sidérations poétiques, et s’évanouit dans un océan sans contours.

 

 

David Larre

 

Le 6eme Jour

Ecriture (d’après la Genèse), scénographie et mise en scène François Cervantes et Catherine Germain

Du 10 au 22 avril 2012

Théâtre de la Cité Internationale, 17 bd Jourdan, 75014 Paris

Réservations 01 43 13 50 50 et www.theatredelacite.com

 

 

Photos : Régis Nardoux