Critique : Le Porteur d’histoire (Alexis Michalik)

Le Porteur d’histoire
Texte et mise en scène d’Alexis Michalik
Théâtre 13, du 4 septembre au 14 octobre 2012

 

Que peut un récit ? Comment frappe-t-il l’imaginaire au point de le rendre captif ? Comment, en tissant un fil ténu entre le fait divers et l’Histoire, développe-t-il une bobine indémêlable ? Alexis Michalik donne corps à ces interrogations à partir de son amour des acteurs et d’une admiration sans bornes pour la puissance feuilletonesque d’Alexandre Dumas. Sur un plateau quasi nu, à l’exception de chaises et de portants couverts de costumes, il construit un dédale de fictions qui se recoupent dans un échange constant entre l’hier et l’aujourd’hui, la France et l’Algérie, la quête solitaire des hommes et la transmission des femmes.

 

porteur-d-histoire.jpgSoit Martin Martin, appelé pour venir ensevelir en hâte son père dans un coin reculé des Ardennes, et découvrant dans la seule concession funéraire accessible un trésor de carnets enterrés par Adélaïde Edmonde de Saxe de Bourville (dite Edmonde Antès), dernière survivante d’une lignée décapitée par la Révolution, et contemporaine d’Alexandre Dumas… Poursuivant la trace de cette femme disparue jusqu’en Algérie, l’homme va découvrir le goût du récit, se mettre en quête d’une source mystérieuse (« le savoir est la source de la vie » est le leitmotiv narratif), et croiser Alia, une femme algérienne, et sa fille, à leur tour mêlées à cette étrange histoire.

 

La mise en scène d’Alexis Michalik échappe rapidement à la réflexivité scolaire, comme à la réécriture complotiste de l’histoire (les Lysistrates en société secrète post-Dan Brown) grâce à ses comédiens, et à des propositions de jeu simples et libres : dédoublement du personnage principal Martin Martin, version solaire, idéaliste et roublarde (Éric Herson-Macarel, dit l’homme, le narrateur appelé par le titre de la pièce), version sombre et terrienne (Amaury de Crayencour, très convaincant dans l’expression du malaise), démultiplication des rôles qui valsent avec une belle élégance, travail des découpes lumineuses au plateau, transition habile de la narration à l’action, belle composition des personnages féminins (le jeu à la fois économe, précis et sensible d’Evelyne El Garby Klai et Magali Genoud), souplesse dans la variation des rôles secondaires (Régis Vallée en endosse une dizaine à lui seul) ; le va-et-vient entre l’improvisation et l’écriture tirée du plateau aboutit à un travail collectif maîtrisé et vivant, et le spectacle, pour peu qu’on aime se perdre dans les histoires, est délectable.

 

David Larre

 

 

Le porteur d’histoire
Texte et mise en scène d’Alexis Michalik
Du 4 septembre au 14 octobre 2012
Théâtre 13, 103 A boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris
Réservations : 01 45 88 62 22
 
Photos : Julien Lemore