Livre : Utopie et pensée critique dans le processus de création, colloque de Tempere

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Alors que l’Union européenne peine à trouver la jonction entre l’utopie de sa constitution et la Realpolitik, six grandes institutions théâtrales de six États-membres (France, Italie, Portugal, Allemagne, Belgique, Finlande) s’associent dans un réseau de coopération culturelle, afin de montrer que l’art et la culture sont en mesure « d’impulser un élan qui développe la création, l’échange et la cohésion entre Européens ». Outre les créations théâtrales, actions de recherche, publications diverses et autres événements coopératifs, le projet, joliment nommé Prospero, est également à l’origine d’un colloque réunissant artistes et chercheurs autour de la thématique Utopie et pensée critique dans le processus de création. Fort intéressantes, les interventions de ce colloque, qui s’est tenu en octobre 2010 dans la petite ville de Tempere en Finlande, sont éditées aujourd’hui par Les Solitaires Intempestifs.

 

Quel sens donner à l’utopie en ces temps d’après la fin des idéologies ? Quelles nouvelles visées et configurations les artistes attribuent-ils à l’élan utopique ? Les utopies universalistes n’étant certes plus d’actualité, l’idée de l’utopie semble se diriger vers ce que, pour aller vite, on pourrait désigner comme des quêtes d’absolu, des cas-limites. Romeo Castellucci et le corps en tant que matériau, Pippo Delbono et sa poétique, Joris Mathieu et ses créations science-fictionnelles, le collectif belge Crew et les repères qu’ils chamboulent par l’utilisation des nouvelles technologies, le Teatro del Lemming et le rapport au spectateur, ne sont que quelques exemples parmi tous ceux évoqués dans ce livre, autant d’axes de recherche et d’expérimentation poussés à l’extrême. Aux côtés de ces « micro-utopies » qui portent fortement le sceau de leur créateur, deux expériences collectives (les belges Groupov et Transquinquennal) éclairent l’importance du choix du mode de production et renouent ainsi avec la problématique de la pensée critique dans le processus de création.

 

Si les approches de l’utopie restent essentiellement personnelles, le livre, dans son souci de parler du travail théâtral, touche par ricochet à une autre utopie : celle de capturer des moments de théâtre, de vaincre son caractère éphémère. Plus ou moins connus, plus ou moins récents, les spectacles racontés ici ou là sont fragmentés, lus et livrés par la subjectivité du regard de ces spectateurs avertis que sont artistes et universitaires. Voilà sans doute l’aspect le plus passionnant de cet ouvrage…

 

Né en 2008, le projet Prospero a touché sa fin en 2012 avec un autre colloque, intitulé Le théâtre et ses publics : la création partagée, qui s’est tenu à Liège en septembre dernier. Pendant quatre jours, artistes, chercheurs, journalistes et directeurs de théâtre de toute l’Europe ont débattu des aspects sociologiques, médiatiques, économiques, politiques et bien sûr artistiques, liés au rapport entre la création et les publics. Nous attendons avec impatience l’édition de ces actes.

 

Myrto Reiss

 

 

 

 

Utopie et pensée critique dans le processus de création

Colloque de Tempere

Éditions Les Solitaires Intempestifs, 2012