Mardi 20 septembre 2011 2 20 /09 /Sep /2011 15:01

 Déjà riche d’une douzaine de titres, l’œuvre dramatique de Christophe Pellet surprend par sa diversité formelle et par l’évolution rapide de son écriture. La publication en 2008 de La Conférence avait soudain fait entendre un ton singulier, efficace comme un uppercut, pour porter l’écœurement et la révolte de Thomas Blanguernon contre l’état d’esprit français accusé d’avoir contaminé les entreprises théâtrales françaises. La même année, Soixante-trois regards proposait à la scène la déambulation d’une femme dans le Berlin du XXIème siècle, sous la forme d’une magnifique partition alternant prose poétique, citations, monologue intérieur, jouant de l’ouïe et de la vue à travers une succession d’images et de refrains prégnants. Et en mai 2011, L’Échangeur de Bagnolet présentait une pièce pour jeune public, Qui a peur du loup ?, où se mêlaient réel et imaginaire pour suivre la métamorphose en loup d’un jeune garçon abandonné par ses parents.

 

Avec cette dernière parution, Seul le feu, Christophe Pellet fait réapparaître Thomas Blanguernon, le personnage de La Conférence, et poursuit son exploration d’une écriture dramatique détachée des conventions du genre. Il semble même, comme il l’avait déjà fait dans Un doux reniement, qu’il quitte provisoirement le théâtre pour renouer avec la narration brève, concise et la composition de fait dramatique qui caractérisent la nouvelle. Seul le feu s’ouvre sur une longue marche estivale de Mireille et Thomas au Père-Lachaise, au cours de laquelle ce dernier exprime à son amie sa volonté d’être incinéré. Au retour des vacances, Mireille apprend que Thomas est mort de la canicule dans une solitude absolue, et a été provisoirement inhumé dans un cimetière de Thiais.

 

La disparition de Thomas Blanguernon, annoncée dans La Conférence et ici advenue, agit comme catalyseur sur la petite communauté d’amis qui partageaient récemment encore les mêmes idéaux de jeunesse. Elle leur impose de faire le point sur leurs combats et leurs engagements, comme sur leurs renonciations. Elle permet aussi à Christophe Pellet de poursuivre cette analyse lucide, frontale et très concrète de la société française qui court dans toutes ses pièces, dans une langue qui, parce qu’elle se refuse à tout effet et à tout échappatoire, est devenue en soi une arme, un programme. Écrivain rattrapé par l’indifférence du siècle, Thomas Blanguernon pose en mourant à ceux qui voudront bien l’entendre la question du poids des mots aujourd’hui.

 

 Marion Alev

 

Seul le feu

De Christophe Pellet

L’Arche Éditeur, 2011

 

 

Voir ici l'entretien de Christophe Pellet lors de sa remise du Grand prix dramatique

 


Par Au poulailler - Publié dans : Livres
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