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Dimanche 15 juillet 2012 7 15 /07 /Juil /2012 13:33

Lorsqu’à la fin 2011, nous ressentions déjà le besoin de faire le point sur la saison en cours, nous n’imaginions vraiment pas que la déception qui marquait ce début de saison n’allait faire que s’accentuer, ni que nous allions progressivement nous habituer à elle.

 

Combien de spectacles nous ont réjouis cette année ? Combien de bonnes surprises ? Pas beaucoup, sincèrement… Ou bien trop peu. Parmi elles, trois jeunes femmes (eh oui, pour une fois !) sortent du lot : Célie Pauthe (Des arbres à abattre) et Pauline Bureau (La meilleure part des hommes) qui confirment l’intérêt que nous portions dès le début à leur travail, et Anne Barbot dont la première mise en scène (Yvonne, princesse de Bourgogne) présage une suite emballante. Excellentes directrices d’acteur, ayant chacune un univers singulier et fort, les trois metteuses en scène ont contrecarré avec bonheur la tendance d’un jeune théâtre qui ne serait que « foutraque ».

 

Nous n’allons pas revenir sur Vincent Macaigne et son cadavre shakespearien, ni sur Gwenaël Morin, l’autre coqueluche de la hype théâtrale, si ce n’est pour ajouter à leurs côtés le Suisse Roger Vontobel et son bling-bling Dans la jungle des villes : texte coupé à en perdre tout sens, vidéo über alles, musique live à fond, Brecht prête son nom à un spectacle gadget qui prône une esthétique trash et une vision no future, le tout composant le must du marché théâtral. Lumineuse exception de cette mouvance, le collectif Les Chiens de Navarre, avec sa dernière création Nous avons les machines plus construite et tenue que la précédente (Une raclette), met en œuvre une alliance des plus pertinentes entre esthétique fourre-tout et parole politique, secoue l’incontournable pulvérisation des codes de la représentation et revigore le (jeune mais déjà un peu vieux) travail en collectif. Preuve que l’esthétique du chaos ne devient discours que lorsqu’on n’a pas autre chose à dire et que si on casse tous les soirs son décor, c’est parce que les subventions permettent d’en acheter un autre le lendemain.

 

 

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La mouvance des collectifs charrie d’ailleurs toujours son lot de spectacles attachants, plus ou moins aboutis, plus ou moins mémorables : Les Autonautes de la cosmoroute (compagnies Jakart et Mugiscué), Bullet Park (Les Possédés) ou La Légende de Bornéo (L’Avantage du doute) étaient de ces spectacles dont les imperfections n’empêchaient pas la fantaisie scénique, l’éclat du jeu, la drôlerie irrésistible. L’adaptation un peu expérimentale de Pierre ou les ambiguïtés de Melville par le Moukden-théâtre nous a plutôt laissés froids en raison de son caractère trop distancié. Et nous attendons avec impatience le retour d’Avignon de la nouvelle création de DRAO, Shut Your Mouth, poisson-pilote qui continue de raviver notre intérêt pour les collectifs.

 

Nous en faisions déjà le constat il y a quelques mois : tandis que les grands noms du théâtre français tournent quelque peu en rond (Se Trouver par Stanislas Nordey ou Mademoiselle Julie par Frédéric Fisbach à rajouter à notre précédente liste des spectacles très dispensables), les metteurs en scène consacrés du théâtre européen ne cessent de nous émerveiller. Qu’ils s’attellent aux classiques (Les enfants se sont endormis et Développement de la civilisation à venir de Daniel Veronese, Maß für Maß, de Thomas Ostermeier, Dommage qu’elle soit une putain de Declan Donnellan, Lulu de Bob Wilson), qu’ils s’aventurent sur les chemins de créations plus personnelles (NO83 [Comment expliquer des tableaux à un lièvre mort]) des Estoniens Tiit Ojasoo et Ene-Liis Semper, La Casa de la Fuerza d’Angelica Liddel, ±O de Christoph Marthaler, Sul Concetto di volto nel figlio di Dio de Romeo Castellucci) ou qu’ils puisent dans le répertoire contemporain (Ma Chambre froide de Joël Pommerat transposée pour marionnettes par les Allemands de Puppentheater Halle, Salle d’attente de Lars Norén par Krystian Lupa, Outrage au public de Peter Handke par la compagnie de KOE), ils font toujours preuve de renouveau, et surtout d’une capacité certaine à se remettre en question, à risquer l’exploration d’autres voies. Même si l’esbroufe ne les épargne pas (La Dame aux camélias de Frank Castorf, Golgota Picnic de Rodrigo Garcia), même si certains spectacles sont pénibles (Misanthrope De Ivo van Hove) ou juste ( !) prévisibles (Simplement compliqué de Claus Peymann).

 

 

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Bien sûr, nous n’avons pas tout vu, nous avons manqué nombre de spectacles et parmi eux certainement de très bons. Nos réflexions sont le fruit de perceptions forcément subjectives, construites au contact des parcelles de la création que nos choix nous permettent de découvrir. Et parmi ces choix, il y a celui de ne pas aller au théâtre tous les soirs, de s’en éloigner même un laps de temps, afin de tenter de garder une certaine fraîcheur du regard, une capacité d’étonnement et de joie. Une fois de plus Au Poulailler ne va pas à Avignon et cesse toute activité jusqu’à la rentrée !

 

La rédaction d’Au Poulailler

 

 

Crédit photos (de haut en bas) :

Dans la jungle des villes © Elizabeth Carecchio

Dommage qu'elle soit une putain © Karine Letellier

 

 

 

 

 

Par Au poulailler - Publié dans : Critiques saison 2011-12
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