Critique : Quatre images de l’amour (Lukas Bärfuss / collectif Drao)

Quatre images de l’amour
Texte de Lukas Bärfus, mise en scène du collectif Drao
Théâtre de la Tempête, du 16 janvier au 15 février 2015

 

Collectif de sept acteurs fondé en 2003, bien avant l’émergence récente de ce type de groupements, Drao affectionne les dramaturgies fragmentées, les atmosphères noires empreintes d’un état de rêverie, les huis clos à suspens policier. Leur jeu, physique et direct, travaille le creux qui souvent distend l’identité et la parole des personnages. L’écriture de la pièce de jeunesse de Lukas Bärfuss, Quatre images de l’amour, choisie par le collectif pour sa cinquième création, est justement centrée sur ce décalage, ces incohérences des personnages. « Ce qui m’intéresse, c’est de montrer qu’un même personnage peut prononcer deux affirmations totalement contradictoires. », dit l’auteur suisse-allemand.

quatre imagesMensonges et trahisons sont au cœur de la vie, pleine d’ennui, de deux couples pour qui le meurtre devient une issue menant à la liberté, même derrière les barreaux. Tiraillés entre un idéal d’accomplissement de soi égocentré, et la vérité qu’ils s’acharnent à occulter, Evelyne (Sandy Ouvrier) et Daniel (Benoît Mochot), Suzanne (Fatima Soualhia Manet) et Sébastien (Stéphane Facco) se prennent dans les fils qu’eux-mêmes ont tissés. À la manière des films noirs de Chabrol et comme dans la ronde de Schnitzler, les quatre tableaux de ce « drame bourgeois » se superposent et s’entre-chassent, laissant percevoir les différentes facettes, troublantes de perfidie et de vérité, des personnages. La relation à l’autre annulerait-elle toute possibilité d’émancipation ? Comment être artisan de son bonheur dans une société qui expulse d’elle ce qui lui est incompatible ? Quel sens donner aujourd’hui au mot liberté ?

Le collectif place cette intrigue policière aux questionnements politiques dans un espace confiné et étouffant, délimité par de grands panneaux amovibles, dont la musique et les projections vidéo avivent l’aspect inquiétant. Comme dans un rêve, les personnages semblent être à la fois lourds et irréels, fous et graves, tendus entre le besoin de contrôler leur monde et la réalité qui leur file entre les doigts. Dans cet exercice de duos successifs, à chaque fois ponctués par la présence insolite d’un troisième personnage (Gilles Nicolas), sorte de catalyseur venu d’un au-delà, le collectif déploie toute sa maturité de jeu dans une approche dramaturgique claire et élaborée. Les différents niveaux de lecture de la pièce de Lukas Bärfuss sont palpables, dans un travail de groupe généreux et précis.

Myrto Reiss

 

Quatre images de l’amour
Texte de Lukas Bärfus, mise en scène du collectif Drao
Du 16 janvier au 15 février 2015
Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, Paris 12e
Renseignements : 01 43 28 36 36 & www.la-tempete.fr